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22 juin 2010 — 3 octobre 2010
Musée du quai Branly

Fleuve Congo : le titre prête à rêver. Par-delà l’énergie intense qui, des deux rives, réunit ou sépare des ethnies complexes et contrastées, se cachent des formes plastiques aussi diversifiées qu’éblouissantes.

Les artistes et éminents collectionneurs du début du XXe siècle, Paul Guillaume, André Derain, Pablo Picasso, Georges Braque, Charles Ratton, Helena Rubinstein,… ne s’y sont pas trompés. Bien avant les Dogon, par exemple, ces sculptures d’Afrique Centrale ont été vues, admirées, achetées, échangées. Elles restent aujourd’hui des matrices, des « classiques » de ce qu’on appelait alors « l’art nègre ».

Les populations de langue bantoue autour de ce fleuve serpentin aux nombreux affluents occu pent les forêts et les savanes de part et d’autre de l’Equateur. Elles sont imprégnées de cette charge animiste qui préside à leur vision de l’univers. Comme l’écrivait avec justesse l’essayiste Denis Saurat : « Une forêt est une force en plus des esprits qui sont dans chaque arbre. Les esprits dans les arbres sont bons : la force appelle la crainte ».

Les objets fang, kota, lega, teke, punu, pour ne citer que les plus célèb res, dégagent cette puissance surnaturelle inspirant à la fois ap aisement et effroi, malaise et sérénité. Porteurs d’identité au sein d’un lignage ou d’une chefferie, intercesseurs entre les hommes et les divinités, ils témoignent aussi de la corrélation entre art et religion.

En effet, les pièces importantes sur le plan rituel sont con fiées à des sculpteurs renommés, sachant jouer sur la lumière, équilibrer les lignes, affiner les contours et adjoindre parfois de la couleur.

Malgré les frontières géographiques et la variété des matières utilisées, des liens secrets, des correspondances subtiles unissent ces œuvres. Les masques ou « visages en forme de cœur », empreints de mystère et de beauté intérieure, les figurations de l’ancêtre fondateur ancré dans les traditions, et les représentations de la femme, image de la fertilité, participent de la vie et des croyan ces des différentes communautés.

François Neyt, commissaire de l’exposition, est un grand connaisseur de cette partie de l’Afrique qui l’a vu naître et dans laquelle il a passé plus de vingt années. Plus de 170 pièces illustrent son propos, qui donne un éclairage transversal novateur sur les peuples de l’Afrique Centrale.

Stéphane MARTIN
Président du musée du quai B ranly

L’histoire culturelle de l’Afrique Centrale et la production des œuvres des populations iconophiles recouvrent au moins six pays : le Sud Cameroun, la Guinée Equatoriale, le Gabon, le Congo-Brazzaville, le Congo- Kinshasa et une partie de l’Angola. Deux grandes aires géographiques se répartissent autour du fleuve Congo qui sert de frontière et de lien entre les div erses sociétés qui vivent de part et d’autre de ses rives : les traditions culturelles des zones forestières se développent autour de l’Equateur, au nord du Congo-Brazzaville et à l’intérieur de ce que l’on a appelé la cuvette congolaise. Au sud, dans les savanes subéquatoriales, de grands royaumes ont lentement émergé (Kongo, Tio, Kuba, Luba). Au Gabon, c’est l’Ogooué, fleuve central du pays, qui
unit et sépare les cultures forestières et les royaumes de la savane.

Les nombreuses monographies concernant les types de sculptures de ces peuples ont progressivement tenu com pte de nombreux aspects liés à la fois à l’analyse des formes sculpturales et à la connaissance de l’histoire du groupe humain concerné. Les caractéristiques morphologiques et stylistiques permettent de mieux cerner la notion de style, d’atelier, de maître sculpteur ; les enquêtes sur le terrain explicitent d’autres dimensions : leur environnement géographique, le contexte culturel dans l’espace et dans le temps (coiffure, scarifications, signes d’autorité...), leurs contacts d’autres populations. La synthèse de cette double enquête p ermet, sur un plan diachronique, de mettre en valeur des archétypes, des sculptures majeures significatives d’un style, des ateliers anciens ou plus récents et des faux. L’exposition du musée du quai Branly s’appuie sur ces études fondamentales et tente une approche globale et systémique. C’est une lecture transversale qui fait la navette entre des savoirs particuliers et l’ensemble de la production des locuteurs bantous. Il en ressort un regard neuf mettant en évidence les co rrespondances et les mutations des formes sculptées en Afrique centrale.

La diversité des signes sculptés des deux biotopes cités auparavant s’inscrit, en effet, dans une remarquable unité qui touche à la fois les institutions de ces peuples et leurs productions artistiques. Les correspondances formelles s’imposent quand l’on considère d’ouest en est la production des différents groupes humains vivants dans les zones forestières, telle la manière de tailler en réserve le visage en forme de cœur, l’usage des couleurs, les rituels qui fondent ces signes sculptés. Ces réminiscences sculpturales apparaissent aussi dans des zones boisées de la savane, notamment chez les Kwese et les Pende. La production des reliquaires et des statues d’ancêtres offrent d’autres points de correspondance et de mutation formelle. Les œuvres produites dans la savane subéquatoriale quittent progressivement les traits simplifiés des milieux plus redoutables des zones forestières et développent un art réaliste s’exprimant en des formes convexes.

Les exemples sont nombreux : les reliquaires kota, au nord du Gabon, deviennent progressivement plus convexes et ornés dans le sud ; les masques punu, les célèbres « masques blancs » véhiculent déjà des traits d’un réalisme idéalisé qui se réapparait aussi sur les masques des Kongo. A l’Est, aux abords du lac Tanganyika, la sculpture des Bembe tient compte des deux biotopes : figurines inspirées des arts forestiers de la culture Lega, et statues ancestrales réalistes proches des sculptures Hemba, des Kusu, des Songye et d’autres groupes humains de la savane subéquatoriale. Les représentations féminines des Kongo aux Luba ou vrent un autre espace de com paraison. Au-delà des mutations formelles, l’unité culturelle de l’Afrique Centrale est incontestable. C’est tout un patrimoine de l’humanité, si souvent morcelé en groupes ethniques sép arés par des frontières coloniales, qui est mis en évidence.

Les trois thèmes de l’exposition, fondamentaux dans la vie de ces peuples iconophiles, sont complémentaires : présence des masques assurant dans des célébrations collectives l’unité et l’identité des groupes respectifs, importance de l’ancêtre fondateur et des membres éminents de son lignage ; présence forte de la femme dans différentes institutions, équilibrant l’autorité des hommes, liée au mystère de la régénération de la terre, de l’agriculture, de la vie humaine. Ils soulignent les correspondances qui unissent entre elles, s ouvent de façon cachée, les cultures des peuples de l’Afrique Centrale. La traversée des peuples parlant une langue bantoue des zones de la forêt équatoriale, leurs lentes migrations autour du bassin congolais, leurs contacts avec les Pygmées, les relations entre groupes iconophiles et non-iconophiles, le contexte géographique et culturel, tout cela fait émerger cet imaginaire unique qui a produit les objets p résentés dans l’exposition. »

François Neyt,
Commissaire de l’exposition

Sur le Web : www.quaibranly.fr
Documents joints
Communiqué de Presse
Dossier de Presse