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16 février 2010 – 17 juillet 2011
Musée du quai Branly

Présentation

Après Qu’est-ce qu’un corps ? et Planète Métisse, la troisième grande exposition d’anthropologie du musée du quai Branly propose au public de découvrir une "fabrique des images" qui touche les cinq continents.

Pour ce faire, en 160 oeuvres ou objets, elle donne à voir ce qui ne se voit pas d’emblée dans une image, à travers un décryptage des grandes productions artistiques et matérielles de l’Humanité.

La compréhension des images se fonde en effet sur quatre grands modèles iconologiques créés par l’Homme, que ce soit en Afrique, dans l’Europe des XVe-XVIe siècles, dans les Amériques des Indiens d’Amazonie ou des Inuit d’Alaska, jusque dans l’Australie des Aborigènes. Ces modèles iconologiques qui traduisent quatre grandes visions du monde sont désignés par les termes de totémisme, naturalisme, animisme et analogisme.

"L’objectif de l’exposition est de donner à voir ce qui ne se voit pas d’emblée dans une image, à savoir les effets que ceux qui l’ont créée cherchaient à produire sur ceux à qui elle était destinée. Dans certains cas, ces effets sont perceptibles par delà les siècles et la diversité culturelle : pourvu que ce qu’elles figurent soit reconnaissable, des images très anciennes ou très lointaines peuvent éveiller en nous le désir, la peur, le dégoût, la pitié, l’amusement ou même, plus simplement, la curiosité. Le plus souvent, toutefois, ces effets ne sont pas perçus, car les conventions qui guident leur mise en image restent opaques aux visiteurs d’un musée du XXIème siècle dont le regard a été façonné pour l’essentiel par la tradition de l’art occidental.

L’hypothèse qui structure le propos de l’exposition est que la mise en oeuvre de ces effets répond à quatre grandes stratégies figuratives qui correspondent à quatre façons de rendre présent dans des images tel ou tel système de qualités prêtées aux objets du monde. Ces systèmes de qualités, que l’on appelle traditionnellement des « ontologies », servent dans la vie quotidienne à identifier des classes d’êtres qui se distinguent les uns des autres par des propriétés communes. Or toutes les cultures n’ont pas la même ontologie. Par exemple les moutons, les automobiles et le soja transgénique ne sont pas des sujets moraux en Europe et aux Etats-Unis (ils ne sont pas représentés au parlement, n’ont pas de droits intrinsèques, on ne peut pas leur faire de procès etc…) car ils sont perçus comme tout à fait différents des humains ; par contraste, dans d’autres régions du monde, on considèrera normal de demander à un animal que l’on chasse de ne pas se venger (Amazonie) ou de fouetter une montagne pour la punir de s’être mal conduite (Mongolie).

Il existe quatre grandes ontologies dans le monde, donc quatre façons différenciées de percevoir des continuités et des discontinuités entre les choses.

Dans la nôtre - l’ontologie naturaliste qui domine en Occident depuis l’âge classique -, les humains se distinguent du reste des êtres et des choses car l’on dit qu’ils sont les seuls à posséder une intériorité (un esprit, une âme, une subjectivité), bien qu’ils se rattachent aux non-humains par leurs caractéristiques matérielles (les éléments et processus physico-chimiques de leur organisme).

Dans l’ontologie animiste (en Amazonie, dans le nord de l’Amérique du Nord, en Sibérie, dans certaines parties de l’Asie du sud-est et de la Mélanésie), c’est l’inverse qui prévaut : bien des animaux, des plantes et des objets sont réputés avoir une intériorité semblable à celle des humains, mais ils se distinguent tous les uns des autres par la forme de leurs corps.

Dans l’ontologie totémique (parmi les aborigènes australiens par exemple), certains humains et non-humains partagent, à l’intérieur d’une classe nommée, les mêmes qualités physiques et morales issues d’un prototype, tout en se distinguant en bloc d’autres classes du même type.

Dans l’ontologie analogiste, enfin, tous les occupants du monde, y compris leurs composantes élémentaires, sont dits différents les uns des autres, raison pour laquelle on s’efforce de trouver entre eux des rapports de correspondance (Chine, Europe de la Renaissance, Afrique de l’Ouest, Andes, Méso-Amérique…).

L’objectif de l’exposition est de donner à voir comment chacune de ces quatre ontologies parvient à figurer, c’est-à-dire à rendre présents et actifs dans des images, les types d’entités qu’elles permettent de discerner dans le monde, les relations que ces entités nouent entre elles, et les propriétés qui leur sont associées."

Philippe DESCOLA, commissaire de l’exposition

Sur le Web : www.quaibranly.fr
Documents joints
Dossier de Presse
Communiqué de Presse