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13 novembre 2008 – 2 mars 2009

Présentation

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« Victime de la censure en Union Soviétique à partir de 1934, l’avant-garde russe du début du XX siècle n’a été connue en France, en son temps, que par bribes à travers les artistes émigrés, avant d’être oubliée. Aussi l’exposition "Paris-Moscou" organisée par le centre Georges Pompidou en 1979, restée dans les mémoires, a fait l’effet d’une révélation. L’exposition présentée au Musée des Beaux Arts de Nantes en 1993, intitulée "L’avant-garde russe", bien que de dimension et d’ambition plus modeste, a elle aussi bénéficié d’un large écho, dépassant largement son cadre régional. Depuis cette date, aucune exposition d’ensemble sur ce thème n’a été présentée dans un musée français.

La collection Costakis, aujourd’hui abritée pour l’essentiel par le Musée d’art moderne et contemporain de Thessalonique ainsi que par la Galerie Tretyakov à Moscou, présentée dans plusieurs pays d’Europe mais jamais en France, est exceptionnelle à plusieurs titres : sa richesse, sa diversité, la personnalité du collectionneur et les circonstances dans lesquelles elle a été constituée. Cette collection comptant près de 1300 œuvres a été patiemment rassemblée dans les années 50 et 60, avec de très faibles moyens financiers, par un autodidacte éclairé, d’origine grecque, ayant passé presque toute sa vie à Moscou, qui a découvert et s’est pris de passion pour un art, alors interdit, et des artistes oubliés.

À la manière d’un naturaliste du XIXe siècle, Georges Costakis a réuni des œuvres de toute nature (peintures, dessins, sculptures, objets d’art, affiches, projets d’architecture, esquisses de décors et costumes de théâtre) afin de documenter, dans toute sa diversité et sous tous ses aspects, un mouvement artistique protéiforme, d’une nouveauté radicale qui avait pour projet de révolutionner l’art et la société en investissant tous les domaines de la vie quotidienne. Par ailleurs, la collection Costakis conserve le charme et la spontanéité d’une collection privée constituée de manière pragmatique, au gré des rencontres du collectionneur avec les artistes ou leurs héritiers et de ses goûts personnels.

En sélectionnant près de 200 œuvres (essentiellement des peintures à l’huile, des aquarelles, des gouaches et des dessins), les plus représentatives et les plus surprenantes de cette collection, bien connue des spécialistes mais ignorée du grand public, le musée Maillol présente un panorama complet de l’avant-garde russe : l’influence symboliste au tournant du siècle, le cubo-futurisme dans la première moitié des années 10, le suprématisme de 1915 à 1922, le constructivisme de 1922 à 28, enfin le début du retour à la figuration à la fin des années 20, avant que le réalisme socialiste ne s’impose de manière autoritaire.

À côté des artistes désormais célèbres : Malevitch, Popova, Klioune, Rodtchenko, Lissitzky, Tatline, on découvrira les œuvres, souvent surprenantes, d’artistes méconnus et montrés pour la première fois en France tels Kudriashev, Redko, Matiouchine, Ender, Filonov, Nikritine ... A travers ce kaléidoscope, on percevra l’incroyable créativité et la diversité de l’avant-garde russe des années 10 et 20, qui ne se limite pas au suprématisme et au constructivisme, mais les déborde et anticipe des mouvements artistiques qui se développeront ultérieurement en Occident, tels l’abstraction géométrique, le biomorphisme, l’expressionnisme abstrait, le minimalisme, la nouvelle figuration… »

Yves Kobry, Commissaire de l’exposition